"Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait, c'est le voyage qui vous fait ou vous défait." (Nicolas Bouvier)
Visite Virtuelle Montpellier

jeudi 25 février 2010

Au dessus des nuages

Quelques semaines après mon escapade en solitaire j’ai toujours les images du Tongariro qui défilent sans cesse dans ma tête. Pour assouvir ma soif de découvrir encore et encore j’ai décidé cette semaine de me rendre dans le Taranaki National Park. Située sur la côte ouest à 4h de route d’Hamilton, la forêt subtropicale abrite en son cœur le Mont Taranaki, volcan qui culmine à 2518m et qui est de part sa géométrie un des volcans coniques les plus parfait au monde. Mon intention dans un premier temps est d’escalader ce volcan mais si les conditions météo ne sont pas parfaites alors je ferai simplement quelques randonnées dans le coin. Escalader le Mont Taranaki est considéré ici comme très dangereux une fois encore à cause de la météo plus que capricieuse. Il est fortement conseillé de partir avec un guide surtout en hiver et l’on doit remplir une fiche pour signaler son heure de départ vers le sommet. De nombreuses personnes n’en sont jamais revenues ! Je vérifierai la météo une fois sur place et je prendrai ma décision qu’au dernier moment. Je me rends donc au Village Nord, point de départ pour le sommet où je prends quelques informations. On me dit que le temps sera nuageux pour demain et que le vent sera violent au dessus de 1000m. Au pied de cet immense cône je ne peux même pas voir le sommet. Ma décision est donc prise je ne ferai pas l’ascension cette fois-ci, je reviendrai une autre fois. J’ai donc continué ma route en contournant le volcan par l’Est pendant une heure pour faire une petite marche d’ici la fin de l’après midi. Au passage je me suis arrêté pour prendre un randonneur américain qui me fait saliver en me racontant son ascension du sommet la veille. Il me dit que c’est très physique, que les pentes sont glissantes et que le cratère est recouvert de glace mais que les crampons ne sont pas nécessaires. En milieu d’après midi j’entreprends plus modestement un premier chemin qui me mène dans le bush (forêt dense) où je croise une multitude de cours d’eau qui dévalent les pentes du Taranaki. J’atteins des gorges étroites où l’eau glisse par pallier dans des petits bassins.







Le chemin me ramène seulement 1h30 après à mon point de départ. J’aide un Kiwi à faire repartir la batterie de son van. 18h, il n’y a plus que le bush et moi. Je repars alors pour une courte marche pour admirer les Dawsons falls.



20h, la nuit approche je plante ma tente sur un carré d’herbe parsemé de crottes, le territoire d’un lapin que je ne tarde pas à rencontrer. Un petit coup d’œil vers le Taranaki avant de me coucher. Le vent s’est levé comme l’avait prédit les prévisions météo, le sommet est dégagé.


Je dors confortablement pendant 2h, peut être 3, ensuite l’envie irrésistible de gravir ce volcan ne me lâche plus. Je me retourne toute les 5 minutes dans mon sac de couchage. Je repense à tout ce que j’ai lu sur ce cône géant. Que la difficulté est de grade 4 sur 4. Que le départ est à moins de 1000m c'est-à-dire une ascension de plus 1,5km, 8-10h pour faire l’aller-retour. Et puis la météo... 4h30 du matin, je replis ma tente en vitesse et rejoins la voiture pour refaire l’heure de route qui me sépare du village Nord. Il fait nuit noire mais je devine la présence d’une masse nuageuse. A la lumière de ma lampe frontale je commence donc le chemin vers le sommet. Pas de risque inutile, je me fais la promesse de faire demi-tour au levé du jour, lorsque je pourrai mieux apprécier la météo. En plus je n’ai pas trouvé le fameux livret qu’on doit remplir pour faire l’ascension... Le départ est inintéressant, une route faite pour les 4x4 divise le bush en deux et offre un spectacle médiocre. La montée vers la seule habitation privée à 1492m est raide mais je sais que ce n’est rien du tout par rapport à ce qui m’attend si jamais j’entreprends de continuer jusqu’au bout. J’assiste à un magnifique levé du soleil. Ces rayons parviennent tout de même à transpercer une couche fine de nuage.




A ce moment là de la rando je dois prendre ma décision une fois pour toute. Faire une boucle de 4h pour rentrer à la voiture ou continuer vers le sommet. Mais n’ai-je pas inconsciemment déjà fais mon choix dès lors que j’ai pris la voiture depuis Hamilton pour le Taranaki park ? Toujours est-il que ma seule crainte est de faire une rando plus qu’épuisante pour au final n’avoir aucun point de vue à cause des nuages. Je me lance malgré tout vers le sommet en comptant sur le dieu Taranaki, sacré pour les Maoris, pour me dégager un peu la vue une fois arrivé au sommet. Je ne pensais pas alors que mes prières allaient s’exhausser aussi vite. Dés lors que j’eu traversé ces nuages, j’aperçu le sommet complètement dégagé, un ciel parfaitement bleu et derrière moi un lit de nuage blanc cotonneux dans lequel j’avais envie de me jeter. Cependant ce spectacle n’a pas été gratuit. Il s’est payé au prix d’un vent terrible en rafale qui me faisait perdre l’équilibre et qui imposait littéralement le chemin à suivre. Après avoir monté des centaines de marches aménagées dont je ne voyais jamais la fin, je suis arrivé aux portes de la partie la plus difficiles de toute, la scoria slope. Ici les pentes sont d’une raideur extrême sur lesquelles est répartie une couche de pierres sphériques volcaniques qui rend le sol très glissant. A chaque pas de 1m je glisse de 50cm en faisant dégringoler une mini avalanche de pierres qui s’arrête plusieurs centaines de mètres plus bas. De plus le vent soulève le sable noir qui m’irrite les yeux. Dans ces conditions je ne suis pas à l’aise mais j’ai toujours la même excitation en voyant le sommet qui se rapproche peu à peu.

Au bout des interminables marches


Sur les pentes très raides du volcan


A 2134m exactement cette vallée de sable laisse la place au Lizard. Dans cette partie il n’y a pas de problème d’adhérence, bien au contraire la crête qui mène jusqu’au sommet est faite de roche très tranchantes sur lesquelles il est impossible de glisser. Je dois souvent escalader des blocs de 2 ou 3 mètres mais la multitude de prises qu’offrent les parois rend la progression assez simple.

Le Lizard




J’arrive après 300m d’escalade dans le cratère du Taranaki. Il est recouvert d’une couche de glace. Le ciel bleu à l’horizon, le tapis de nuage blanc et les parois du cratère autour de moi donnent une sensation étrange, comme une perte de repère. Je dois encore traverser le cratère pour la dernière escalade qui me permettra d’atteindre le sommet. La montée est raide, toutes les difficultés sont réunies, sable, roches tranchantes et friables, vent violent glacial mais je ne vois plus que le sommet qui est si proche maintenant. 2518m je me dresse quelque secondes sur la plus hautes des pierres, mes jambes vacillent, je ne peux aller plus haut. D’un côté il n’y a aucun nuage, je vois les parois du cône, le bush plus bas, puis la pleine immense, les habitations et la mer de Tasmanie qui se mélange au ciel sur l’horizon. De l’autre côté le lit de nuage ne laisse dépasser qu’un morceau de terre, un autre volcan, le Ruapehu que j’ai pu admirer lors de ma précédente sortie dans le Tongariro park. Et dire que j’ai failli rater ce moment !


Le cratère glacé


Un autre cône géant : le Ruapehu


8 commentaires:

  1. Non mais je rêve c'est magnifique... Continue, ne t'arrête surtout pas, tu peux pas savoir comme je t'envie!!! Nous on va se consoler avec le Canigou, incessamment sous peu... Ca le fait moins! Photos magnifiques, tout autant que le récit, tu es un vrai poète! Ca me rappelle les soirées où on "philosophait" avec trois mots... Si tu vois ce que je veux dire!

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  2. Ho oui je vois très bien ce que tu veux dire lol ! J'ai pas oublié ce temps là. Même si je m'éclate ici, vous me manquez trop. J'ai trop envie d'une bonne soirée avec 3 mots (rito) (private joke). A bientôt Fredozouzate

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  3. En lisant ton commentaire,j'ai eu l'impression de gravir ce magnifique volcan avec toi.Ton récit est très prenant;un savant mélange d'aventure et de suspense.Tu as pris quelques risques tout de même,mais ton intuition était bonne. Levé de soleil et panorama époustouflant,c'est ce qui s'appelle avoir la tête dans les nuages!! mais il ne vaut mieux pas avoir le vertige.Et le busch et ces petites cascades toujours aussi sublimes à regarder.Tes aventures sont passionnantes continues comme ça,sans toute fois prendre des risques. Je dis ça mais je sais que tu es un garçon réfléchi et responsable.En plus tu prendrais une engueulade par plumette si tu faisais le couillon.A bientôt pour de nouvelles aventures.







    ;

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  4. Hallucinant, tu es un fou Jonath!! un fou avec un envie de malade;) respect pour ce courage et cette force qui fais que tu te dépasses! et effectivement cela valait vraiment le coup, c'est splendide! j'ai particulièrement apprécié ces rayons de soleil transpersants les nuages et cette vue au-dessus des nuages! MAGNIFIQUE:)) tu vas nous épater au fur et à mesure de tes aventures c'est pas possible!! gros bisous

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  5. !!!!!!Mon petit Nathan, Tu connais maintenant ma philosophie de vie et mes croyances...
    Je pense que cela dépasse maintenant tout entendement..A croire que tu n'es pas seul lorsque tu te sens poussé par une force irrésistible! Serais tu habité par l'âme d'un explorateur?
    En tout cas moi j'y crois
    C'est tout simplement merveilleux ce que tu vis là.
    J e n'ai pas de mots ...Plus de mots
    Bisou

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  6. Nathalie (Mathieu)28 février 2010 à 09:41

    coucou !!!
    tes photos st magnifiques et sacrément impressionnantes !!!
    mathieu me parle bcp de tes aventures, car c'est vraiment le mot "aventure" !!!
    tu nous fais un nouveau nicolas vanier !!
    bcp de courage quand meme.... je sais pas si je pourrai ! dailleur je pourrai pas tte seule !
    et les volcans.... bou duuuu... enorme !!
    c'est symple, tu vends du reve a mathieu et mathieu a son tour men revan en me racontant !!

    nous on c'est fait une balade dune aprem et une nui en tente a luchon !!! c pa le meme degres !!! :D ms c t super sympa :)

    et pr sandra commen ca va ? commen ca se passe pr elle ?

    de gros bisous a vs 2 en attendan de vos nouvelles :)
    keep going !!! ;)

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  7. C'est vrai, vous avez tous raison, tous ces paysages sont magnifiques, cette aventure est une preuve de courage et de volonté qui mérite le respect... mais c'est le beau papa qui va laisser parler son cœur: Alors mon petit Jonath, pense que ta Poucinne Coucinne a besoin de toi pour la suite de votre aventure, si tu aimes tant la nature tu sais aussi qu'il ne faut pas la défier. Écoute un peu plus la raison au détriment de la passion ....A++ pour la suite des aventures moins tumultueuses!!! bises

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  8. Je confirme les propos de "Papouno"...
    D'ailleurs nous allons créer une association dite "les BP"..(beaux papas )qui sont en quête de la préservation de la nature, mais aussi et surtout de leur progéniture ... alors !! méfi ..."laisses mesurer les autres !!"
    Bisous

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